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«Le Japon est le pays le moins touché par la crise des crédits»

16.03.2008

Von Yves Hulmann
Veröffentlicht in der «Le Temps»
15/03/2008, Seite: 36, Rubrik: Finance


Depuis le début de l'année, l'indice Nikkei a reculé de 16,5%, davantage que le S & P à New York (-11,9%) ou le SMI (-15,4%). Outre les craintes d'un ralentissement de l'économie mondiale, les hésitations dans le processus de nomination d'un nouveau gouverneur de la Banque du Japon (BoJ) ajoutent un facteur d'incertitude pour l'économie nippone. Malgré tout, le système bancaire japonais est le moins touché par la crise des «subprime», et le taux de chômage du pays reste à son plus bas historique, argumente l'Allemand Helmut Becker, professeur d'économie à la Sophia University de Tokyo et conseiller régulier du gouvernement japonais. Interrogé en marge d'une série de conférences organisées par Fisch Asset Management, une société spécialisée dans les emprunts convertibles, il explique pourquoi il juge le potentiel de la deuxième économie mondiale sous-estimé par les marchés.

Le Temps: De 2001 à 2002, le pessimisme était de mise à propos de l'économie japonaise. Cette période a été suivie par une situation de quasi-euphorie entre fin 2004 et début 2005, puis d'une nouvelle correction. Où se situe-t-on actuellement?

Helmut Becker:Le Japon a traversé une longue phase de difficultés qui a débuté en 1992 pour ne se terminer que durant les années 2004 et 2005. Cette période a été marquée par une double crise qui - tout comme celle des «subprime» aux Etats-Unis - a commencé par l'éclatement d'une bulle immobilière pour se prolonger dans le secteur bancaire. La situation actuelle sur les marchés est plus difficile à comprendre. Le Japon est le pays le moins touché par la crise des hypothèques à risque aux Etats-Unis, mais il subit de plein fouet la récente correction boursière. L'ensemble du secteur financier japonais, qui inclut aussi l'assurance, n'a amorti jusqu'à présent que l'équivalent de 1,4 milliard de dollars, comparé à 60 milliards pour les banques américaines et européennes jusqu'à fin 2007 seulement. Malgré tout, la bourse japonaise se porte plus mal que celle des pays qui sont directement touchés par la crise des «subprime»!

Comment expliquez-vous ce paradoxe?

La faiblesse de la bourse japonaise s'explique notamment par le fait que les investisseurs étrangers s'y sont beaucoup engagés dès 2005. Aujourd'hui, 26% de la capitalisation de la bourse de Tokyo est aux mains d'investisseurs étrangers, une proportion qui atteint même 40% dans le secteur bancaire.

La crise des crédits aux Etats-Unis aura néanmoins tôt ou tard un impact sur les banques japonaises...

En 2002, les banques japonaises détenaient encore d'importantes créances douteuses, représentant 8,4% de l'ensemble de leur portefeuille. Cette part a été ramenée à 1,08% aujourd'hui. Durant ces cinq dernières années, les établissements nippons ont eu suffisamment à faire sur le plan interne pour ne pas encourir des risques ailleurs.

La récente correction est exagérée?

La vente massive de titres sur le marché japonais est en tout cas en contradiction complète avec la performance de son industrie. Les quelque 1700 entreprises cotées à la bourse de Tokyo devraient réaliser pour l'exercice 2007-08, clos à fin mars, des bénéfices record, et cela pour la cinquième année consécutive. Les plus grands groupes industriels devraient même enregistrer une croissance à deux chiffres de leurs bénéfices.

Vos pronostics pour le yen?

Une longue phase de faiblesse du yen s'achève. Celle-ci a aussi été une des causes de l'abondance de liquidités sur les marchés. Au lieu d'être absorbées dans le pays, ces liquidités ont surtout servi à financer les opérations de «carry trade». Tant que les investisseurs étaient enclins au risque, ils ont continué à s'endetter en yens pour placer cet argent dans d'autres monnaies. Mais, avec le récent retour de balancier, les opérations de «carry trade» se font plus rares. Conséquence: plus la crise s'étend, plus le yen se renforcera, non seulement face au dollar, mais aussi par rapport à l'euro. Une réappréciation d'au moins 10% du yen par rapport au dollar peut être attendue d'ici à la fin de cette année.

Quelles en seraient les conséquences pour l'industrie?


L'industrie japonaise a largement profité ces dernières années de la faiblesse du yen. Mais, entre-temps, elle a aussi réduit ses surcapacités et su se restructurer. Les nombreuses années de déflation - à côté de tous leurs effets négatifs - ont aussi eu pour conséquence de réduire à néant les demandes de hausse des salaires, ce qui a accru la compétitivité de l'industrie. Et cela malgré l'amélioration conjoncturelle de ces dernières années et un taux de chômage inférieur à 4%. Le retour à une situation de légère inflation au Japon - de l'ordre de 0,25% - n'y a rien changé non plus.

Qu'en est-il de l'évaluation des actions japonaises?

Les actions de l'indice Topix se négocient avec un ratio cours/bénéfice d'environ 16, un bas niveau historique. Le rendement des dividendes des actions, d'environ 1,6%, est supérieur au rendement des emprunts à dix ans. D'autres facteurs parlent aussi en faveur de la bourse japonaise. Ces dernières années, beaucoup d'investisseurs nippons ont préféré utiliser leurs yens pour les placer dans des devises telles que le dollar néo-zélandais, davantage rémunératrices en intérêt. Cette tendance est en train de s'atténuer. Par ailleurs, la privatisation de la banque postale japonaise permettra à cet établissement d'effectuer des placements en bourse, ce qui accroîtra la demande en actions. Le projet de créer un fonds souverain au Japon pourrait aussi donner une impulsion supplémentaire à ce marché. Il est en effet envisagé d'utiliser une partie des 973 milliards de dollars de réserves de devises gérées actuellement par Tokyo pour les investir dans un fonds étatique. Compte tenu des craintes que ferait peser un tel transfert sur le cours du dollar, ce projet n'a que peu de chances de se concrétiser à court terme.

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